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Marguerite Bourgeoys
missionnaire intrépide

Par Louise Côté, CND

1653… Il faut donc quitter Troyes… Marguerite Bourgeoys entreprend le long voyage de sa première traversée de l’Atlantique, sur un voilier, dans les conditions de navigation de l’époque… Partie de Troyes au début de janvier, elle quitte Paris en mars pour Nantes. Le départ de Nantes vers la Nouvelle-France s’effectue le 15 ou le 16 juin et l’arrivée à Québec a lieu le 22 septembre. Voilà donc deux mois entiers en mer, sans compter la navigation sur les fleuves : une semaine sur la Loire et « une grande semaine » sur le Saint-Laurent…

Il vaut la peine de considérer le temps passé sur les flots par Marguerite Bourgeoys. Outre la traversée de 1653, elle fait trois voyages en France : au total, elle franchit sept fois l’océan. De la plus courte traversée, elle dit « nous ne fûmes que 31 jours ». L’intrépide voyageuse a passé une année de sa vie sur l’océan et près de quatre mois sur l’eau des fleuves.

Traversée de 1653

Le Saint-Nicolas, navire appareillé au départ, prend rapidement l’eau; on doit rebrousser chemin et constater que les avaries du bateau sont irréparables. On trouve un autre bâtiment. Mais ce dernier a sans doute transporté des pestiférés dans ses précédents voyages… (et on ne sait pas, alors, ce que c’est de désinfecter!) L’épidémie se déclare à bord… Marguerite se constitue infirmière auprès de ces malades dont huit décèdent en mer. « Ce fut elle, dit Dom Jamet, son biographe, qui assista ces malheureux et les réconforta. Ils rendirent leur dernier soupir au son des prières qu’elle murmurait sur eux ».

Premier voyage en France

L’année 1658 voit Marguerite Bourgeoys reprendre la mer. Elle accompagne Jeanne Mance, fondatrice de l’Hôtel-Dieu de Montréal, qui, à la suite d’un accident, a un bras disloqué. Marguerite veut profiter du voyage pour recruter quelques enseignantes à Troyes.

Pendant le séjour en France, Jeanne Mance est guérie de son infirmité au tombeau de Monsieur Olier, fondateur des Messieurs de Saint-Sulpice.

Le retour en Nouvelle-France s’effectue en avril 1659. Marguerite revient avec quatre collaboratrices pour son œuvre et une douzaine de jeunes filles qu’on lui a confiées.

On voyage à bord du Saint-André, un ancien bâtiment de guerre qui a servi à transporter des contagieux. Les fièvres malignes éclatent à bord… Ce vaisseau, comme celui de 1653, devient un navire-hôpital… Une famille voit mourir trois de ses quatre enfants. Marguerite se charge du bébé survivant, une fillette de neuf mois qu’on parlait de jeter à la mer…

Deuxième voyage en France

Marguerite partira de nouveau en 1670, encore en vue d’assurer la pérennité de son œuvre.

Les résultats du voyage sont heureux : en 1671, Louis XIV signe des Lettres patentes. Cette charte civile confère à la Congrégation qu’elle a fondée une personnalité juridique lui permettant d’étendre son œuvre dans toute la Nouvelle-France. Marguerite ramène six nouvelles compagnes. Elle a aussi sous sa garde quelques jeunes filles destinées à « fonder des familles ».

La traversée débute dans le calme. Cependant, la guerre vient de se rallumer entre la France et la Hollande et, malgré les dangers de rencontre fâcheuse, le navire n’est muni d’aucune arme. Or, quatre bâtiments armés apparaissent à l’horizon. « Ma sœur Bourgeoys, crie le Capitaine, nous sommes perdus : mettez-vous en prière avec toutes vos filles ». Un prêtre célèbre la messe. À la bénédiction finale, le vent tourne et les vaisseaux redoutés disparaissent à l’est…

Il semble que le reste du parcours se soit effectué sans incident…

Troisième voyage en France

1679 : Madame Perrot, épouse du gouverneur de Montréal, va en France; Marguerite s’offre pour l’accompagner.

Sur les deux traversées de ce voyage, tout renseignement manque. Nous savons qu’à l’instar des précédents voyages, Marguerite, au retour, accompagne un groupe de jeunes filles confiées à ses soins. Nous savons aussi qu’elle ne ramène pas les compagnes désirées pour ses écoles. Monseigneur de Laval s’étant opposé à leur recrutement…

Ainsi s’achève le dernier voyage de Marguerite Bourgeoys en sa terre natale et les moments de sa vie « en mer ».

Échec que ce dernier voyage? Humainement certes! Mais un échec que cette femme de foi sait assumer..

Marguerite a maintenant 60 ans (et elle vivra encore 20 ans) – à une époque où la longévité chez les femmes est de 47 ans… Rentrée à Montréal, courageuse, elle reprend la tâche interrompue il y a un an…

Marguerite Bourgeoys née à Troyes, en 1620, baptisée en l’église Saint-Jean-au-Marché, décédée à Montréal (Canada), en 1700, canonisée par le pape Jean-Paul II, en 1982



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