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Venez et voyez - 6e dimanche du Carême Année B - Dimanche des Rameaux

Pauline Boisvert, CND

Recevoir la parole

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 11, 1-10

Quand ils approchèrent de Jérusalem, près des villages de Bethfagé et de Béthanie, ils arrivèrent au mont des Oliviers. Jésus envoya en avant deux de ses disciples:

Allez au village qui est là devant vous, leur dit-il. Dès que vous y serez arrivés, vous trouverez un petit âne attaché, sur lequel personne ne s'est encore assis. Détachez-le et amenez-le-moi.

Et si quelqu'un vous demande: "Pourquoi faites-vous cela?, dites-lui: "Le Seigneur en a besoin, mais il le renverra ici sans tarder.

Ils partirent donc et trouvèrent un âne dehors, dans la rue, attaché à la porte d'une maison. Ils le détachèrent.

Quelques-uns de ceux qui se trouvaient là leur demandèrent: Que faites-vous? Pourquoi détachez-vous cet ânon?

Ils leur répondirent ce que Jésus avait dit, et on les laissa aller.

Ils amenèrent l'ânon à Jésus; ils posèrent leurs manteaux sur l'animal, et Jésus s'assit dessus.

Beaucoup de gens étendirent leurs manteaux sur le chemin, et d'autres y mirent des branches vertes qu'ils avaient coupées dans la campagne.

Ceux qui marchaient devant Jésus et ceux qui le suivaient criaient: Gloire à Dieu. Que Dieu bénisse celui qui vient au nom du Seigneur .

10  Que Dieu bénisse le royaume qui vient, le royaume de David notre père. Gloire à Dieu dans les cieux.

 

Creuser la Parole

Interview entre Marc et un journaliste

  • Marc, par le fait que je suis journaliste, je suis bien placé pour imaginer ce qui serait arrivé le lendemain d'un tel événement s'il s'était produit en 2015. Tu sais, chaque fois qu'il y a une manifestation d'envergure dans les rues de la ville, nous sommes à peu près certains que l'événement sera commenté dans les médias ou les réseaux sociaux avec un titre accrocheur comme par exemple pour souligner l'entrée de Jésus à Jérusalem: De l'ovation à la dérision. On parlera alors de la réussite ou de l'échec de ce rassemblement populaire.

 

Oui mais on aurait pu écrire aussi: Triomphe et popularité d'un jour, ou bien: De l'acclamation à l'abjection. On sait que peu de temps après cette gloire, il connaîtra la déchéance la plus complète, il sera ridiculisé, trahi par l'un et renié par l'autre, torturé puis mis à mort. 

Oui, en effet, tu as bien raison de l'imaginer ainsi. Et je me permets de continuer, dans ton langage moderne, ce que tu as commencé en disant: "Au lendemain de l'entrée solennelle de Jésus à Jérusalem on aurait pu entendre sur toutes les lèvres: "Le prophète de Nazareth en Galilée a été accueilli par une foule enthousiaste au cri de Hosanna!" Quelle ironie! On avait pourtant dit auparavant que rien ne pouvait sortir de bon de ce village sans histoire à Nazareth. (Jn 1, 46) Et pourtant un enfant, de ce village perdu, est acclamé en libérateur.

  • Il me semble que j'aurais écrit en grosses lettres et en caractère gras: Une première en Judée! Cette entrée à Jérusalem est du jamais vu. On déroule spontanément devant ce Jésus une sorte de tapis rouge fait de leurs manteaux jetés par terre et on agite des bouquets de palmes en criant le slogan: Hosanna! On l'acclame ni plus ni moins comme un roi sauveur. Jésus est, pourrait-on dire, au sommet de sa gloire, accueilli comme une star dans la capitale nationale. 

Oui mais on aurait pu écrire aussi: Triomphe et popularité d'un jour, ou bien: De l'acclamation à l'abjection. On sait que peu de temps après cette gloire, il connaîtra la déchéance la plus complète, il sera ridiculisé, trahi par l'un et renié par l'autre, torturé puis mis à mort.

  • Il y a des gens que j'ai connus et qui ont subi à peu près le même cycle de vie. Katia a gagné un Oscar un dimanche soir, elle brillait par son talent, sa beauté et sa fortune. Aujourd'hui elle vit seule, oubliée de tous et sans ressources. Albert, un professeur de musique à l'université McGill, époux comblé et père adoré, se retrouve aujourd'hui sans abri à l'accueil Bonneau, gelé jusqu'à l'os par le crack ou la coke. Vedette un jour, déchéance peu de temps après.

Et on pourrait allonger la liste d'événements semblables. Mais le pire c'est quand on n'est pas soi-même la cause de son malheur, quand on est innocent et que ce sont les autres qui nous descendent. On connaît tous des gens condamnés pour un crime qu'ils n'ont pas commis et qui croupissent dans les prisons, parce qu'ils ont été calomniés, violentés, blessés et brisés pour la vie. Jésus a connu cela lui aussi. Une entrée triomphale où la foule crie: Hosanna! Béni soit celui qui vient parmi nous! Et une semaine plus tard, la foule réclame sa mort: "Qu'il soit crucifié." Puis à la toute fin, certains ont reconnu que cet homme n'avait rien fait de mal et qu'il était le Fils de Dieu et qu'il était venu sur la terre dans le seul but de nous sauver.

  • Il me semble que saint Paul a parlé de Jésus dans ce sens-là.

Oui, Paul a dit aux Philippiens:"Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais il a accepté de prendre la condition humaine où il a appris à passer par toutes sortes d'épreuves allant jusqu'à mourir injustement sur une croix. Et Dieu l'a élevé à la gloire de la résurrection." (Ph 2 ) Autrement dit: Fils de Dieu, devenu fils d'homme: aimé puis rejeté par la foule, il ressuscitera et deviendra Seigneur pour toujours. Voilà le "cycle pascal" de Jésus. Il l'a vécu pour rendre témoignage de son amour pour l'humanité.

  • Je prends conscience tout à coup comme le coeur de l'être humain est changeant. Une journée, il dit blanc et le jour d'après, il dit noir. Jésus a été obligé de faire face à des gens comme ça.

Jésus prend les gens comme ils sont. Il ne les empêche pas de dire ce qu'ils pensent. Ces gens ont-ils peur des autorités religieuses? Peut-être. La peur obscurcit le jugement et fait faire des erreurs. Pour afficher nos convictions de foi, ça demande de l'audace. Suis-je capable dans certaines circonstances plus difficiles d'affirmer ma foi en Jésus? Ai-je peur d'entacher ma réputation? Suis-je fort ou faible dans un pareil cas?

  • Ce sont de bonnes questions qui demandent réflexion. Et pour alimenter encore notre méditation, connaîtrais-tu des textes du premier testament en lien avec l'Évangile d'aujourd'hui ?  

Oui, tu sais, souvent dans les récits évangéliques, les faits et gestes de Jésus sont décrits à partir de passages anciens de la Bible. Ce recours aux textes anciens a pour but de mieux saisir le sens des événements. Des extraits des chapitres 9-14 du livre de Zacharie peuvent nous indiquer quel est le fond de tableau de notre récit. Je te cite quelques versets:

"Exulte avec force, fille de Sion. Crie de joie, fille de Jérusalem. Voici que ton roi vient à toi. Il est juste et victorieux, humble, monté sur un ânon, le petit d'une ânesse. Il retranchera l'arc de guerre. Il annoncera la paix aux nations."

Par ces mots, le prophète Zacharie redit la certitude que Dieu est toujours proche, malgré le petit nombre de ceux qui sont vraiment fidèles au Seigneur en Israël. Dieu va intervenir en donnant à son peuple un roi pacifique. Celui-ci voudra réunir toutes les nations. Mais ce berger d'Israël sera rejeté par les autorités religieuses.

  • On peut dire que Jésus a préparé lui-même son entrée à Jérusalem surtout quand il emprunte un âne.

Les préparatifs de Jésus mis en place font penser à un geste rituel surtout quand il dit qu'il a besoin d'un âne. On devrait parler plus d'un cortège messianique que d'une entrée triomphale. L'âne est la monture des humbles et le roi messianique se présente ainsi sous la figure de la simplicité.

  • Il me semble, Marc, que j'ai entendu dire qu'il y avait une grande fête juive où on agitait des palmes comme dans le récit d'aujourd'hui.

Oui, on trouve dans la liturgie de la fête des Tentes, une autre source d'information. Lors de cette fête, la plus populaire des fêtes religieuses, on faisait des processions au cours desquelles la foule agitait le "lulab". C'était un bouquet composé de palmes et de branches de saule qui étaient appelées parfois Hosanna.

  • Ces paroles me font penser au Sanctus que nous récitons à la messe.

Oui, la liturgie de la messe a repris les paroles de la foule acclamant Jésus. Hosanna vient d'un mot araméen qui signifie "sauve" et qu'on traduirait familièrement "au secours". Vient ensuite le: "Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur". Nous affirmons en chantant que nous reconnaissons Jésus comme le Messie, l'envoyé de Dieu. À la messe, nous renouvelons régulièrement notre adhésion à Jésus. Beau souvenir significatif pour un chrétien-ne. Il serait bon et souhaitable de savoir profiter de  l'occasion de la messe pour renouveler notre adhésion à Jésus et de l'acclamer bien fort et haut au fond de notre coeur

Si je reviens à la description de la fête des Tentes, on voit que durant la procession, le cortège chantait des psaumes, entre autres le psaume 117 et qui est repris dans notre récit:

"Ouvrez les portes, j'entrerai pour rendre grâce au Seigneur Dieu.  La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle. C'est là l'œuvre du Seigneur, une merveille à nos yeux. De grâce, Seigneur Dieu  hosanna! Donne le salut!. Au nom du Seigneur Dieu, béni soit celui qui vient. Formez le cortège, rameaux en mains, jusqu'auprès de l'autel du Temple". (Ps 117, 19-27)

  • Ça ne m'étonne pas de lire ces versets car plusieurs du temps de Jésus savaient les textes de la Bible par cœur. Ils ont tout simplement répété à Jésus ce qui était écrit concernant le Messie à venir puisque la foule qui était là le considérait comme le Messie, l'envoyé de Dieu.

À l'époque de Jésus, Israël rêvait d'être libéré du joug de la domination romaine. On ne pouvait imaginer Dieu que tout puissant et son messie triomphant. On scrutait les Écritures pour essayer d'y découvrir les traits du libérateur tant attendu: le Messie de Dieu. Ce Messie glorieux entrerait avec faste à Jérusalem pour y chasser les Romains. Un psaume l'exprime bien:

"Vois, Seigneur, et suscite pour eux leur roi, le Fils de David, pour régner sur ton serviteur Israël." (Ps 17, 21)

  • Pourtant ce Fils de David que la foule acclame et ovationne comme un roi, n'a pas les allures d'un conquérant.

En effet, pour éviter la confusion, Jésus révèle la sorte de dignité royale qu'il choisit: Il réquisitionne le petit d'une ânesse. Jésus se présente donc comme un roi humble. Selon la coutume, un roi vainqueur se devait de se présenter devant le peuple monté sur un cheval de guerre et pénétrer dans la ville reconquise en héros victorieux. Jésus est en contradiction avec cette coutume. Il choisit la monture la plus modeste celle du pauvre.

  • On peut dire que Jésus rejoint le peuple dans son attente et dans sa soif de liberté. Mais soyons réalistes, il y répond l'espace d'une journée, n'est-ce pas?

Oui, la bulle qui contient le rêve, éclatera sous peu. Jésus ne veut pas les enfermer dans cette fausse attente, dans ce faux rêve. Il prend le risque de les décevoir. Ce qu'il propose, en fait de libération, est d'un tout autre ordre. Il dira que son royaume n'est pas de ce monde.

  • Ce mouvement populaire et spontané de Jérusalem à laissé des traces liturgiques dans la fête de ce dimanche des Rameaux dans nos paroisses.

Oui, ne serait-ce que la procession du dimanche des Rameaux. Dans les pays nordiques comme le nôtre, la procession se résume à emprunter les allées de nos église mais la volonté d'acclamer et d'accueillir Jésus est là. L'enthousiasme des chants et l'agitation de nos rameaux  le prouvent. Les cœurs sont ouverts à sa venue.

  • La procession terminée, le supposé roi guerrier livrera sa bataille ailleurs et autrement. Peux-tu nous en parler?

Jésus livrera sa bataille au fond des cœurs. Il vient libérer par le dedans, en douceur, en silence. Il vient déverrouiller ce qui est emprisonné à double tour: l'amour, le pardon, la non-violence. Dans peu de temps, Jésus se retrouvera seul parmi les siens. Ses contemporains, ces gens qu'il a guéris lui tourneront le dos pour la plupart. Ses apôtres qu'il a instruits s'enfuiront presque tous. Un le trahira, un autre le reniera. La victoire est ailleurs. Elle devra d'abord passer par la mort du "roi des Juifs" avant la victoire de la résurrection. (Jn 19, 19)

  • Aujourd'hui nous célébrons dans une même cérémonie deux événements qui semblent s'opposer: l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et sa mort entre deux bandits par la lecture de la Passion. N'est-ce pas essayer de réunir l'inconciliable?

Vu comme ça oui, mais c'est ni plus ni moins le reflet de l'être humain qui connaît l'incohérence dans sa vie. À vrai dire les textes de ce dimanche nous proposent deux processions: l'entrée de Jésus à Jérusalem suivie, de façon inattendue, par une autre procession: celle qui le mènera au calvaire. Dans les deux processions, on retrouve deux acteurs principaux: la foule et Jésus. Une foule unanime qui proclame tantôt sa joie et tantôt sa haine, puis Jésus honoré des insignes royaux par la louange et l'acclamation ou par des moqueries (couronne d'épines) et de la dérision. Nous sommes invités à vérifier notre attitude de foi face au Christ et nous poser la question: À qui est-ce que je ressemble? Ma vie n'est-elle pas un mélange de ces attitudes de foule? Nous sommes invités à confesser notre foi en Jésus en tant que messie et envoyé de Dieu. C'est cette foi déjà vivante, régénérée à Pâques, qui nous permet d'entrer dans la passion avec l'assurance de l'espérance.

  • Bien que Jésus pressent une mort prochaine, ses derniers moments sont imprégnés d'espérance. Peux-tu nous en parler?

Il va dire: "Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, mais ne peuvent tuer l'âme." (Mt 10, 28) Pour lui, la mort conduit à la vie. Après la mort, il y a une autre vie. Jésus utilisera l'image du grain de blé. "Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt, il reste seul. Si au contraire, il meurt, il porte du fruit en abondance." (Jn 13, 24)

Ce paradoxe a inspiré des hommes et des femmes de tous les temps. On peut penser à Nelson Mandela, rejeté et emprisonné durant 20 ans puis exilé sur une île pour finalement devenir le libérateur de son peuple. Paradoxe que ce qui est force aux yeux du monde est faiblesse et inversement. Pour tous ceux et celles qui ont fait du pouvoir et de la puissance la vérité de leur vie, le Messie crucifié ne peut être que scandale ou folie! Qui peut comprendre: "Nul n'a d'amour plus grand que celui qui se dessaisit de sa vie pour ses amis. Je vous ai dit cela afin que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète." (Jn 15, 13)

  • Tu m'as déjà parlé d'une comparaison semblable au grain de blé. C'est celle de Jésus comparé à un pommier. C'est plus à la portée des québécois.  Peux-tu élaborer là-dessus?

Je n'ai pas développé cette comparaison dans mon évangile mais puisque tu insistes voici ce que j'en pense. Il arrive un temps où le pommier perd ses fleurs et entre dans l'ombre. Il n'a plus que des feuilles. Ce n'est qu'un vulgaire pommier, pourrait-on dire. Il n'attire plus les regards, on passe à côté de lui sans le voir. Il est triste. Mais voici qu'à l'automne, après cette apparente dormance, le pommier déborde de fruits appétissants au point que ses branches plient jusqu'à terre comme pour nous offrir ses pommes éclatantes de soleil et de santé. Le temps des fruits est le temps de la résurrection de Jésus. Après avoir souffert, avoir été oublié, avoir été enseveli, le voilà plein de vie, plein des fruits de la rédemption, toujours disposé à s'incliner jusqu'à nous, pour nous les partager et pour nous attirer jusqu'à lui.

Notre propre pommier, comme celui de Jésus, a aussi ses saisons: fleurs, feuilles, fruits. Je connais dans ma vie des périodes d'inégal intérêt. La floraison agréable et enchanteresse, le feuillage ennuyant et souffrant du dépouillement, puis la récolte abondante des fruits semés. L'espérance n'a pas été déçue. Elle est comblée. C'est la joie débordante.

  • Cette comparaison me rejoint. Je l'aime bien. Marc, quel serait la leçon ou plutôt le message à tirer des textes d'aujourd'hui.

La gloire est très agréable à vivre mais elle est très éphémère. Les cœurs sont si changeants. Le vent tourne au moment où on s'y attend le moins. Il ne s'agit pas de bâtir sa vie là-dessus. Jésus a déjà dit: "On n'est pas prophète dans son propre pays. Et les événements lui ont donné raison.

Une autre déduction facile à faire mais difficile à vivre est la patience et l'humilité au milieu des épreuves. Nous sommes invités à imiter Jésus qui, au lieu de se révolter face à l'injustice, a fait preuve de tolérance et de pardon.

Et puis attention aux opinions populaires, soyons vigilants afin de ne pas nous laisser leurrer par une psychologie de foule. Tout le monde le dit, dis-le donc: crucifiez-le… Même si les autorités religieuses ne sont pas d'accord avec Jésus, si moi je voulais me positionner du côté de Jésus, alors je me dois de faire un discernement et chercher à obéir à ma conscience plutôt que d'aller aveuglément dans le sens de l'autorité en place. Ceci vaut pour toutes les époques de l'histoire.

Si l'entrée de Jésus à Jérusalem comme messie n'a pas été triomphaliste, s'il n'a pas été un messie s'imposant par la force, aujourd'hui encore ses disciples doivent être les témoins d'un Dieu qui ne s'impose pas, mais qui se propose, humble comme l'amour, qui s'expose au refus, respectueux de la liberté de chacun préférant souffrir que de faire souffrir en bousculant les consciences.

Nous aurions avantage à relire les récits de la Passion, non pour nous complaire dans une histoire de souffrance, mais pour prendre la mesure de la compassion de Jésus et de son amour pour nous. Sachons découvrir au coeur du drame raconté, la Bonne Nouvelle d'un Dieu qui nous aime à la folie et qui ouvre des chemins de résurrection à nos chemins de souffrances.

 

Cheminer avec la parole

Il est conseillé pour bien profiter de la lecture d'un récit évangélique, de se représenter l'événement dans son imagination et de se voir présent là. Si vous aviez eu la possibilité d'être dans la foule acclamant Jésus, où seriez-vous placé? Loin du cortège en spectateur curieux ou près de Jésus, sur la première rangée, agitant votre palme et criant de tout cœur Hosanna!. Il est très important d'être participant plutôt que d'être simple spectateur. C'est à repenser dans votre méditation. Quelle place occupez-vous et que dites-vous?

Si tu étais journaliste, comment aurais-tu titré ton article pour relater l'événement de l'entrée de Jésus à Jérusalem?

Qui est Jésus pour moi? Quelqu'un qui mérite mes applaudissements ou quelqu'un qui n'est pas réaliste, plutôt naïf, et qui évalue mal la situation présente? Il sera pour moi ce que je pense de Lui.

Dans ma vie de foi, il se peut qu'il y ait d'autres dimanches des rameaux où j'aurai à me prononcer publiquement, ouvertement sur ce que je pense de Jésus. Aurais-je l'audace de l'applaudir, de me positionner en sa faveur?

Une chose, entre autres, qui ressort de ce récit c'est que Jésus est libre face à l'opinion des autres. Il est acclamé, applaudi, ovationné, ce succès ne lui enfle pas la tête au point de penser de céder à la tentation de devenir roi politique. Il est méprisé, ridiculisé, cette souffrance ne le fait pas reculer dans ses convictions, dans sa vocation de messie. Il sait pourquoi il est là et rien ne pourra lui faire changer d'idée. Il croit en sa mission et aime les personnes qu'il est venu sauver, quelle que soit leur attitude. Devant cette description, Jésus mérite notre admiration. Il fait l'objet de notre contemplation. Reprenons cette pensée dans notre méditation durant la journée ou les jours à venir.

Que pourrais-je faire pour être plus autonome et plus libre devant l'opinion d'autrui dans ma famille ou au travail quand il s'agit de ma vie de foi?

Dieu n'est pas celui qui veut contrôler le monde, l'obliger à mieux se conduire face à son Fils, par exemple. Il n'interviendra pas pour arrêter le procès injuste infligé à Jésus et annuler sa condamnation à mort. On peut dire qu'il préfère souffrir que de faire souffrir en bousculant les consciences. Il respecte la liberté de chacun. Est-ce que l'attitude de Dieu me déçoit? me laisse perplexe? Sans trop me l'avouer j'aurais voulu qu'il soit autrement? Ou si elle me réjouit?

Comment je réagis quand on me félicite pour mon engagement de foi? Comment je réagis quand on me ridiculise à cause de ma foi?

Aujourd'hui il y a encore de la persécution des chrétiens en Syrie, en Égypte ou ailleurs. Et si j'avais à vivre cette épreuve, quelle serait ma réaction? Ou quelle réaction aimerais-je avoir?

Jésus a besoin d'un âne. Il n'en possède pas. Il cherche à emprunter. Il a des amis et envoie quelqu'un le chercher. Vous n'aurez qu'à dire: "Jésus en a besoin pour poursuivre sa mission."  Est-ce que de savoir que Jésus a besoin de quelque chose ou de mes services, me suffit pour accéder à sa demande? Suis-je capable de me rendre disponible pour participer à sa mission? 

Est-ce que j'ai tendance à miser sur la gloire pourtant éphémère, passagère mais si agréable à vive, plutôt que sur un quotidien sans apparat mais nourri d'une foi persévérante, humble et aimante?

Quelques jours après son triomphe, Jésus a vécu la faiblesse ou l'hypocrisie de la foule. Quelle est ma réaction quand je rencontre l'instabilité, un revirement de situation dans mon entourage? Révolte, rancune, peur ou pardon, compréhension de l'être humain au coeur changeant?

Est-ce que j'ai tendance à dire ou à faire comme tout le monde sans réfléchir, à me laisser emporter par une sorte de psychologie de foule?

Comment comprendre cette entrée triomphale si l'on songe à ce qui va arriver dans les jours qui suivront: l'arrestation, la condamnation et l'exécution de Jésus?

Comme chacun des deux larrons, nous pouvons maudire et insulter Jésus ou nous   laisser rejoindre et croire en Lui.

Savons-nous profiter du Sanctus de la messe pour renouveler notre position face à Jésus, pour lui redire notre admiration et que nous faisons partie de la foule qui l'accueille comme messie béni qui vient au nom du Seigneur? Prenons le temps de confesser notre foi en Lui à ce moment précis de la messe.

Au dimanche des Rameaux tes textes nous rappellent qu'il y a deux foules bien différentes: une se dit en faveur de Jésus et lui réserve une entrée triomphale dans la ville et l'autre qui endosse l'opinion des chefs religieux et répète après eux: crucifiez-le. Dans quelle foule suis-je? Suis-je dans les deux?

Est-ce que la comparaison du pommier me rejoint avec ses saisons d'intérêt inégal? Fleurs-feuilles-fruits. Trois "F" qui peuvent éclairer mon vécu. C'est la raison qui me fait toujours espérer.

Est-ce que mon coeur est changeant, sujet à des revirements subits face à des opinions populaires?

Comment je vis des situations d'injustice dans ma vie? Révolte, vengeance, consultation pour demander de l'aide, effort pour retrouver la paix, le pardon…

Si toutefois j'étais devant une impasse sur le plan spirituel, me rappeler que la conscience a priorité sur la loi.

Devant la souffrance, Jésus a été respectueux de la liberté de chacun préférant souffrir plutôt que de faire souffrir en bousculant les consciences… à reprendre dans la méditation.

Relisons la Passion de Jésus, ce drame raconté comme une Bonne Nouvelle d'un Dieu qui aime à la folie et qui ouvre des chemins de résurrection à nos chemins de souffrances.

En terminant voici une signification de la croix de Jésus: le madrier vertical exprime l'origine de l'amour, il vient du ciel vers la terre; le madrier horizontal où ses bras son étendus, englobent tous les êtres humains sans exclusion à la façon de Jésus qui n'a rejeté personne. À repenser.

Prier la parole

Seigneur, vois nos cœurs qui t'acclament en chantant, qui reconnaissent en toi l'envoyé de Dieu, le Messie. Vois notre spontanéité à étendre nos manteaux sur ton chemin pour dérouler devant toi le tapis rouge que nous n'avons pas. Vois nos bras agiter des palmes pour t'offrir un cortège messianique. Vois nos cœurs battre à l'unisson du tien pour t'offrir un accueil digne de ta mission sur terre. Seigneur, nous t'aimons humblement, pauvrement mais passionnément.

Vois aussi nos cœurs changeants comme des girouettes à certains jours. Vois nos convictions faiblir devant l'opinion populaire, trop préoccupés de ce que les autres vont dire de nous.

Seigneur, toi qui es passé de l'estime au rejet et ensuite à la gloire suprême de la résurrection, accompagne-nous sur nos chemins de joie et de misère, d'injustice et de souffrance.

Fais de nous des chrétien-nes solidifiés dans leur foi à cause de l'amour que tu nous a témoigné surtout durant ta Passion. Que nous en venions à dire comme saint Paul: "Qui me séparera de l'amour du Christ? La persécution, l'injustice, la souffrance, le deuil, l'angoisse, la faim, la guerre. Oui, j'en ai l'assurance, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus notre Seigneur." (Rm 8, 35-37)

Mais cette foi nous la portons dans des vases d'argile bien fragiles. Ainsi nous donnerons le témoignage que nous sommes aidés et soutenus par ta force extraordinaire qui nous habite. (2Co 4, 7-9) Tu as la capacité de réconforter celui ou celle qui n'en peut plus.

Que ta force de ressuscité nous soutienne, ô toi à jamais vivant maintenant. Que l'amour soit en nous fort et beau et qu'il soit doux, tendre et simple. Que surtout il sache sourire au malheureux, tendre la main à l'opprimé et serrer le triste dans ses bras. Et qu'encore il puisse fermer les yeux sur l'offense et les oreilles sur le mensonge mais jamais son coeur sur les personnes. Tu nous as montré le chemin… que nous mettions nos pas dans tes pas. Amen.        

 

 

 

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