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Nouvelle du Groupe Solidarité Justice

Groupe Solidarité Justice

Entre la rage et le courage

Lors de notre dernière réunion au comité exécutif, nous révisions notre plan d’action annuel et les mouvances qui travaillent notre planète. Nous réalisions que les dossiers choisis éclairaient les problématiques actuelles et que nos interventions semblaient pertinentes selon les réactions reçues. Nous nous étions entendues pour traiter le thème de notre démocratie et de notre parole citoyenne dans le contexte des manifestations d’Ottawa et de Québec.

Le lendemain, la Russie envahit l’Ukraine! Goliath-David! Dictature-Démocratie! Rage-Courage! Ce contexte mondial nous inquiète, nous révolte, nous électrochoque. L’envergure de nos bagarres d’hier, prend l’allure d’une chicane de cour d’école ou d’une sortie carnavalesque! Nos cris et appels à la liberté (libarté) trouvent écho dans une loi spéciale et nous rentrons au chaud dans nos «chaumières»... et... nous parlons de démocratie!

Est-ce toujours pertinent de réfléchir sur la démocratie dans le chaos actuel de la planète alors que la dictature déchire une partie de l’Occident? Un auteur écrivait que le bruit des bottes est moins dangereux que le silence des pantoufles. Alors oui, il faut parler démocratie avec la conviction profonde que nous ne pouvons pas nous taire. Tout n’est pas parfait dans notre système, mais il faut nous tenir debout et prendre position pour le préserver, le soigner et l’améliorer sans cesse. Il y aura des élections à l’automne; elles se préparent et ont besoin de notre coopération. Chacune et chacun à sa mesure.

Les images du soulèvement devant le parlement du Canada n’ont aucune mesure avec les déplacements de nos sœurs et frères chassés de leur pays par l’ambition maladive d’un pouvoir aveugle. Les yeux injectés de haine ne voient plus les pleurs d’un peuple fièrement attaché à son sol et à sa culture. Oui, il faut reparler de démocratie, la défendre et enlever nos pantoufles pour aller vers les périphéries en soutien avec nos gouvernant.es, et pour travailler à maintenir la cohésion d’une société que l’on veut de plus en plus solidaire. Nous aurons besoin de lucidité et d’audace pour oser examiner la base même de notre système et amputer, s’il le faut, les racines d’une rage latente. Notre pays aussi recèle ses germes de compromission, de trahison, d’injustice, de rage et... de courage !

La situation que nous vivons actuellement nous révèle le beau et le pire chez l’humain. La soif du pouvoir écrase sans pitié et la bonté du cœur ne cesse d’inventer des moyens pour secourir les humilié.es. Entre la rage et le courage!

En sauvegardant notre démocratie, même imparfaite, nous aidons nos sœurs et nos frères à espérer des lendemains meilleurs sur cette terre en mouvance. Vivons lucidement une démocratie responsable, elle est espoir de justice...

La VA de Marguerite Bourgeoys nous remet toujours à l’oreille du cœur l’appel vers l’autre, là où se découvre la présence réelle d’une humanité qui naît tous les jours...

PAIX en devenir!

Denise Brunelle, CND


LA PAROLE CITOYENNE

FOCUS

Comme mouvance de l’heure, le choix du comité exécutif, pour cette édition de l’Heure juste, s’est porté sur la question de la parole démocratique. Nous aborderons le sujet sous trois angles: celui de la forme d’intervention qu’est l’information en lien avec sa déviation, la désinformation; celui de la liberté d’expression comme droit civique fondamental; celui de la parole citoyenne comme telle.

Information/désinformation

Les exemples ci-dessous illustrent des divergences dans la lecture des événements. Voyez vous-mêmes.

État d’urgence COVID

Discours officiel

Un état d’urgence sanitaire peut être déclaré lorsqu’une menace à la santé de la population exige l’application immédiate de certaines mesures. Il permet au gouvernement du Québec et au ministre de la Santé et des Service sociaux de disposer des pouvoirs nécessaires pour mettre en place l’ensemble des mesures visant à assurer la protection de la santé de la population.

Selon la Ligue des droits et libertés:

L’état d’urgence sanitaire pour sa part suspend tout débat démocratique. L’urgence sanitaire est donc un état d’exception conçu pour une situation exceptionnelle. L’état d’urgence sanitaire permanent n’existe pas en démocratie. Il ne peut que donner lieu à des pratiques autoritaires déplorables telles des contrats de gré à gré, le refus de négocier des primes pour les conventions collectives dans le secteur de la santé et des services sociaux, les visites suspendues dans les centres de détention.

Manifestation des camionneurs

Selon les médias traditionnels:

La manifestation de camionneurs qui perturbe la capitale fédérale depuis vendredi est qualifiée de «sans précédent», «intolérable», «dangereuse» et «illégale» par les services policiers d’Ottawa, qui s’attendent à ce que la situation s’aggrave encore en fin de semaine.

Publication de médias sociaux:

Voici un extrait des observations, analyses et commentaires astucieux de Hilary White, journaliste

indépendante du Canada, qui vient de les publier sur Twitter. Elle s’émerveille devant l’organisation, le calme, la parfaite gestion d’un événement de grande envergure qui a mobilisé des milliers et des milliers de camions en vue de bloquer le centre d’Ottawa pour reconquérir les libertés ravies aux Canadiens sous prétexte de lutter contre la « pandémie du COVID » – en particulier la liberté vaccinale. C’est un message d’espoir et aussi une leçon.

Bombardement en Ukraine

Selon les médias occidentaux:

Un hôpital pédiatrique de la ville de Marioupol, dans le sud de l’Ukraine, a été atteint par des bombardements aériens russes, qui ont aussi touché plusieurs bâtiments résidentiels et commerciaux, semant l’émoi à l’échelle internationale. Le conseil municipal de Marioupol a fortement déploré mercredi, sur le réseau social Telegram, les raids aériens dans la ville portuaire, qui auraient «complètement détruit un complexe hospitalier accueillant des enfants et où se trouve également une maternité.»

Point de vue russe:

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a démenti les allégations ukrainiennes selon lesquelles les troupes russes avaient bombardé une maternité en activité en Ukraine. Le bâtiment avait été utilisé comme base par le bataillon Azov d’extrême droite nazie de la Garde nationale ukrainienne, a affirmé le 10 mars 2022 le haut diplomate russe, lors d’une conférence de presse en Turquie.

L’hôpital en question est depuis des jours sous le contrôle d’un groupe paramilitaire ukrainien et Moscou en a présenté la preuve au Conseil de sécurité de l’ONU, il y a plusieurs jours, a déclaré Lavrov.

À la lecture des brèves informations précédentes, on a envie de se poser la question: qui dit vrai? Sommes-nous en présence de désinformation même de la part des médias qui nous semblent les plus crédibles et ce, de quel côté ? Les médias sociaux sont réputés plus fertiles pour les fausses nouvelles (fake news). Les médias officiels ne sont pas non plus exempts de déformation de l’information compte tenu de leurs sources qui ont tendance à montrer un côté de la médaille. À propos de la guerre en Ukraine, Citant «Reporters sans frontières», «Le Devoir» du vendredi 11 mars parlait d’une guerre de l’information:

Les attaques sont principalement axées sur l’espionnage et la désinformation, notent les experts. «Nous sommes surtout dans la guerre de l’information actuellement, souligne Frédéric Cuppens, professeur spécialisé en cybersécurité à Polytechnique Montréal. Nous sommes dans la manipulation des populations avec comme objectif des deux côtés de rallier l’opinion publique dans son camp.»

Ainsi, faire la part des choses entre information et désinformation est un défi de taille. Pour y voir clair, il importe de vérifier si les articles font état de points de vue diversifiés. Sinon, on doit, comme lectrices et lecteurs, garder en tête qu’on n’a accès qu’à une partie de l’histoire et que l’article peut receler un parti pris.


Liberté d’expression

Au-delà de la fonction de réceptrices de l’information, nous sommes appelées à agir comme transmettrices de faits et émettrices d’opinions. Nous entrons ici dans le domaine important de la liberté d’expression. Il s’agit d’un droit fondamental que défend notamment la Ligue des droits et libertés du Québec laquelle milite, entre autres, «contre les pratiques de profilage politique» selon lesquelles on est du bon ou du mauvais côté de l’histoire. La liberté d’expression précède et accompagne la liberté d’action citoyenne.

La liberté d’expression consiste à émettre des opinions, des idées, des convictions et de le faire en toute honnêteté et transparence. La charge émotive peut parfois teinter les propos émis tant dans leur énoncé que dans les manifestations non verbales. Aux auditrices et auditeurs d’accueillir ces éventuels débordements et de faire la part des choses.

Pour illustrer cette dernière assertion, voici une citation qui peut faire sourire. Le premier ministre Philippe Couillard affirmait un jour: «Bien sûr, avec la liberté d’expression vient la possibilité de dire des conneries et parfois même des horreurs. C’est à la société de réagir, non pas en brimant la liberté d’expression, mais de condamner par la parole ces paroles inacceptables.»


La parole citoyenne

Comme corollaire à la liberté d’expression s’impose une responsabilité citoyenne, celle de la prise de parole démocratique. En démocratie, on serait portés à créditer les dirigeants et dirigeantes du pouvoir prédominant d’intervenir publiquement. Ce serait nier le devoir citoyen de vigilance, voire de résistance, et entrer dans une attitude de dominées en état de passivité. Le pouvoir, ce n’est pas exclusif, ça se partage !

Il importe à toute citoyenne, à tout citoyen et à leurs groupes d’appartenance de réclamer des espaces de consultation sur des enjeux publics. Nous sommes collectivement concernés par la recherche du bien commun et en devoir de nous impliquer par la parole et par l’action citoyenne dans sa réalisation. Pour ce faire, il importe, consciencieusement, de se former une opinion qui rende possible une prise de position; c’est tout un apprentissage à poursuivre toute notre vie durant.

Et le comment…

La lettre ouverte ou la lettre adressée directement aux autorités gouvernementales, à quelque niveau que ce soit, s’avère une forme d’intervention particulièrement engageante susceptible d’avoir un impact, sinon au plan des décisions, au moins comme contribution à la formation de l’opinion publique.

La signature de pétitions, qui nous est familière, est généralement perçue comme accessible et nous nous prêtons volontiers à cet exercice. Présentement, si ce n’est déjà fait, en appui à nos amiEs de la résidence Mont-Carmel, nous avons la possibilité d’appuyer, sur le site de l’Assemblée nationale, une pétition réclamant le respect des droits des locataires des résidences privées pour aînés en suivant le lien suivant: https://www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-9491/index.html.

Et il y a les réseaux sociaux auxquels plusieurs d’entre nous participent déjà. Nous pouvons y émettre des idées ou partager des contenus qui rejoignent nos convictions. Parfois, simplement cliquer des «j’aime» ou des «solidaire» peut être une expression certes minimale mais potentiellement utile.


Du temps pour apprendre

Le Groupe Solidarité Justice, c’est avant tout ses membres et leur implication. Nous évoquons ici la contribution de nombre d’entre elles au cours des 25 ans de notre histoire, avec le risque de faire des oublis. Merci de nous les signaler.

À la permanence, se sont succédées sœur Yvonne Bergeron et sœur Denise Brunelle, au tout début. Puis, sœur Céline Beaulieu a pris la relève assistée, successivement, de sœur Céline Dubé, sœur Nicole Bernier, sœur Louise Bégin et, à nouveau, sœur Denise Brunelle.

Une vingtaine de membres ont assumé du service au comité exécutif pour des mandats plus ou moins longs.

Le Groupe Solidarité Justice a été représenté de façon soutenue dans les organismes communautaires auxquels nous participons comme groupe. Depuis une vingtaine d’années, sœur Louise Gélinas a agi comme déléguée au ROJEP. Sœur Denise Brunelle a joué un rôle de premier plan à la Coalition Eau Secours! et elle continue avec Fondation Rivières. Sœur Louise Bégin a participé pour nous au Collectif pour un Québec sans pauvreté tout le temps que nous y avons adhéré. Sœur Céline Beaulieu, puis sœur Francine Fournier, nous ont représentées à la Coalition main rouge. Régulièrement, nous avons assuré une présence à la FFQ. Présentement, sœur Ercilia Ferrera et sœur Céline Beaulieu sont les déléguées à la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes.

Il importe de souligner la contribution importante de Marie Tétreault et de Renaude Grégoire à l’organisation et à l’animation des soirées pop-corn. Renaude a aussi contribué à la mémoire du groupe avec les albums photos qui ont suivi plusieurs de nos rencontres.

Finalement, les talents artistiques de sœur Cyrille Simard et de notre regrettée sœur Madeleine Trépanier ont produit des visuels superbes et signifiants pour nos assemblées générales. Josée Sarrazin a habilement pris la relève.

C’est nous toutes qui sommes reconnaissantes pour ces participations qui ont contribué à la conscientisation socio politique et à l’inclusion dans le mouvement social contemporain de notre Groupe Solidarité Justice durant son quart de siècle d’existence


Échos du ROJEP

Le samedi 19 février dernier, de 9h à 12h sur Zoom, le ROJEP (Réseau œcuménique justice et paix) a organisé une journée de formation sous le thème: La transition juste, visions de résilience.

Avec les conférenciers invités Jacques Nzumbu, S.J., et Yves Marie Abraham, nous avons réfléchi sur les exigences de la solidarité en ce temps de crise. Ensemble, nous avons examiné particulièrement le choix entre un objectif de développement durable et une orientation vers la décroissance de la production et de la consommation pour favoriser une transition juste.

Sur l’exposé de Jacques Nzumbu…

On veut protéger les forêts du Congo mais à quel prix? Car ces forêts sont les poumons du Congo, font partie de sa richesse. Le Congo produit aussi des minerais. Ce pays est le cinquième producteur mondial de cuivre. Le huit dixième du cobalt mondial est tiré des terres du Congo; avec le coltan, il s’agit d’une mine stratégique. L’un et l’autre exploités à quel prix pour les populations? Dans les années 2000, on parlait du cobalt de sang. Oui, les mines artisanales causent la guerre. Cette guerre a déjà fait plus de 10 millions de morts. Et la communauté n’est pas outillée pour réagir, résister.

Alors, on se demande comment conscientiser les populations. Et à quel point il faut les conscientiser, car ce ne sont pas elles qui causent les changements climatiques… Y-a-t-il une occasion de repenser nos rapports Canada-Congo? Une opportunité ou un risque ? Tout le jeu entre minerai et transition numérique, énergétique, est au fond un enjeu géopolitique: cela créé des frictions entre les populations du Congo. En fait, ce sont les Chinois et les É-U qui se jouent la bataille sur le dos des Congolais.

On sait qu’il faut favoriser la participation citoyenne, de la société civile, de l’Église. Oui sensibiliser, mais aussi trouver des alternatives pour une économie locale moins polluante. Attention à la nouvelle forme de colonialisme, le colonialisme vert. Les populations se voient dépossédées de leurs terres. Cela démontre le fossé entre élite politique et communautés locales. Il faut aller vers une capacité de la communauté à prendre les alternatives pour en tirer les bénéfices avec ce qui est nécessaire. Donner la possibilité aux communautés de bien vivre avec l’héritage de leurs cultures.

C’est aux dirigeants politiques de sortir du mimétisme. Or les économies africaines ne sont pas assez diversifiées, elles sont surtout extractives. Il s’agirait d’amener les dirigeants africains ou des pays du Sud de sortir de la course à la croissance ou du moins de diversifier cette croissance.

C’est avec émotion que Jacques a partagé qu’on s’est trompé sur l’Afrique, quand on a mal interprété le rapport entre richesse et pauvreté. En Afrique la richesse a été assimilée au pouvoir et la pauvreté à ceux qui ne sont pas dans la classe gouvernante. Dans l’inconscient collectif, c’est inscrit que tu ne peux émerger si tu n’es pas en lien avec le pouvoir.

Puis la parole est à Yves Marie Abraham

Appel à la décroissance. Ce qui est visé ici, c’est le développement durable, le développement en général. Mais comment la décroissance est-elle propice à une transition juste ? Quel contenu donner à la transition? Ou, nous la voulons juste, mais encore. Il y a un flou autour du diagnostic. Il faut d’abord accepter l’idée de produire moins, mais s’assurer qu’il y a du partage, plus de partage. On ne peut penser produire moins sans partager plus.

Cela est commencé : la course à la croissance économique n’est plus à la mode, n’est plus à continuer. Nous avons à décider ensemble des limites à donner à la production. Mais ce n’est pas simple, car les institutions politiques n’agissent pas de façon démocratique. Il serait aidant de démanteler les systèmes économiques et politiques. Car les résistances aux changements viennent de là-haut! Yves Marie a de l’espérance : ce changement de mentalité est déjà là. Dans le développement des communs. Cela a existé dans l’histoire de l’humanité. Beaucoup d’humains, face aux défis/difficultés sont revenus aux communs, au collectif. Il est vital de revenir à un rapport de responsabilités communes pour subvenir à nos besoins. Mais pour cela, sortir du principe salarial.

 

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