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Marie et l’Incarnation: Archétype de notre cheminement avec Dieu

Marie Azzarello, CND

Lire Luc 1:26-38

Saint Maxime le Confesseur a écrit : « l’Incarnation est le modèle de ce que Dieu désire accomplir en nous. Par le pouvoir de l’Esprit-Saint le Christ naît, toujours mystérieusement et de façon volontaire, en s’incarnant en nous[i]. Être plongé dans ce mystère est une invitation à réfléchir à l’Annonciation dans l’Évangile de Luc. En faisant ainsi, puissions-nous être plus conscients de cet extraordinaire mystère qui se révèle en nous.

Il est important de noter que le texte de l’Annonciation ne dit pas que Marie a eu la vision d’un ange, comme cela est présenté dans les œuvres artistiques depuis des siècles. Le texte met plutôt l’accent sur le message qu’elle a entendu et sur la façon dont elle y a répondu. Comment l’affirmation de l’ange a atteint la conscience de Marie de façon à ce qu’elle fasse l’expérience de l’expression créatrice de l’Esprit, nous l’ignorons. Ce que nous connaissons, c’est que le « oui » de Marie d’enfanter Jésus – d’être un véhicule pour le grand amour de Dieu pour toute l’humanité et la création – a été un réponse gratuite, inconditionnelle, donnée dans le foi. Dieu a initié la rencontre et Marie a ressenti profondément l’amour que Dieu avait pour elle. L’amour reçu appelle à donner de l’amour en retour.

« Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » - les premiers mots adressés à Marie lors de l’Annonciation révèlent les profondeurs de la communion avec Dieu qui est offerte à chaque personne. Ainsi, le message de Dieu à Marie « Tu celle que j’ai comblée, en qui je suis présent » s’adresse également à nous. 

  • Quels sentiments ce message provoque-t-il en vous ?
  • Cela éveille-t-il en vous la reconnaissance que votre identité fondamentale repose sur le fait que vous êtes « comblé(e) par Dieu, en qui Dieu est présent » et non sur la façon dont vous vous percevez ou dont les autres vous perçoivent ?
  • De quelle façon est-ce qu’être « comblé(e) par Dieu » influence la manière dont vous vivez votre vie dans les « bonnes ou difficiles saisons »?

Faisons une pause:

  • Qu’est-ce que je désire dire à Dieu en ce moment?

La perplexité et la confusion initiales de Marie face au sens du message ne sont pas surprenantes. Le messager de Dieu l’invite à être « sans crainte, car [elle] a trouvé grâce auprès de Dieu ». De plus, le messager dit a Marie qu’elle « [va] concevoir et enfanter un fils [à qui elle] donnera le nom de Jésus » (Luc 1 :30). Lorsqu’elle demande comment cela est possible puisqu’elle est vierge, Marie reçoit une réponse surprenante : « L’Esprit-Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » (Luc 1 :35).

Il est important de noter que le mot grec qui signifie « prendre sous son ombre » est le même mot utilisé dans la Genèse pour décrire l’esprit qui planait au-dessus des eaux de la Création (Genèse 1 :2). Ce terme englobe le sens de protection et de pouvoir. Faisons une pause.

  • Avez-vous déjà reçu un appel à la mission qui vous demande d’aller au-delà de votre zone de confort; pour lequel vous ne vous sentez pas préparé(e) ?
  • Malgré les incertitudes, les hésitations, la peur, quelle force intérieure vous a permis de dire votre vérité, de dire « oui » et de permettre l’épanouissement d’une nouvelle façon d’être?
  • Y a-t-il eu un moment où vous avez dû dire « non »? Comment vous êtes vous senti(e)? Comment votre vérité a-t-elle été reçue?
  • Identifiez des moments où vous avez fait l’expérience d’un « sens de protection et de pouvoir » dans votre vie.

Marie a saisi qu’elle était comblée parce que Dieu était avec elle (Luc 1 :28)[ii]. Les commentaires bibliques ont suggéré que le fait que Marie soit identifiée comme « comblée » démontre sa sainteté puisqu’elle a été transformée par la grâce de Dieu. L’esprit de sainteté est donc présent chez Marie au centre de son être. L’invitation de Dieu permet à ce don intérieur de se manifester dans le fait qu’elle porte Jésus, qu’elle lui donne naissance et devient sa mère.

Ironiquement, la seule fois que le verbe grec pour « comblée » apparaît de nouveau c’est dans une lettre aux Éphésiens. Cette lettre mentionne que, Dieu « nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour » (Eph 1:1-6).

Sans oublier la vocation tout spéciale de Marie, pouvons-nous dire que ce qui lui est arrivé a aussi eu lieu en nous? Cela semble confirmé par la Lettre aux Éphésiens citée plus haut. Ainsi, comme pour Marie, la sainteté existe déjà en nous, au centre de notre être. Nous aussi nous sommes invités à laisser ce don intérieur trouver son expression dans ce que nous sommes et ce que nous faisons – en vivant une relation juste avec Dieu, avec nous-même, avec nos voisins, avec la création. Comme le note Gilles Mongeau, S.J. « c’est un feu d’amour qui détruit les obstacles qui empêchent que cela arrive » [iii].

  • Quelle différence cela ferait-il si vous étiez plus conscient(e) que la « sainteté » n’est pas un but à atteindre, mais un feu d’amour, un don intérieur qui trouve son expression extérieure dans celui ou celle que vous êtes et ce que vous faites.

Il est important de prendre un moment pour parler de la virginité de Marie avant de continuer. Donald Senior souligne que l’Annonciation dans l’Évangile de Luc (et dans celle de Matthieu) n’est ni un encouragement à la virginité ni le dénigrement du mariage.  Cela démontre plutôt que Marie, comme les grands saints d’Israël, a ouvert ses bras à Dieu et a accepté d’être remplie par l’Esprit de Dieu[iv]. Avec ce pouvoir, Jésus, Emmanuel, Dieu avec nous, est conçu et naît dans notre monde.

L’emphase est donc sur le cœur virginal de Marie, cœur ouvert et libre de toute distraction, cœur réceptif, capable d’écouter et de répondre à la parole de Dieu avec tout son être.

Conscient du cœur virginal de Marie, nous sommes invités à entrer dans notre propre espace intérieur et à être attentif à la présence de Dieu qui désire nous façonner, petit à petit, pour que nous soyons à l’image de Jésus et que nous partagions cette image avec tous ceux que nous rencontrons.

La grossesse est une image merveilleuse pour décrire ce processus. Elle suggère qu’après que la parole de Dieu ait été entendue, un temps de gestation ou de patience est nécessaire pour qu’elle arrive à terme en nous et qu’elle soit prête à naître, à s’actualiser, dans nos comportements quotidiens.

Maître Eckhart nous rappelle toujours que « Nous sommes tous appelés à être les mères de Dieu puisque Dieu a besoin de naître »[v]. Faisons une pause pour nous demander :

 À quoi est-ce que je donne naissance chaque jour?

  • Est-ce que c’est la compassion, le soutien, la non-violence ou l’agression, le contrôle et la domination qui affecte ma relation avec Dieu, avec moi-même, avec les autres, avec la création?

Plus nous réfléchissons à l’Annonciation à Marie en relation avec notre propre vie, plus nous réalisons que, comme le « oui » de Marie, nos décisions sont des sauts dans l’inconnu, dans le vide. Une fois la décision prise, d’autres facteurs entre dans l’équation qui altèrent notre habileté à contrôler sa direction. Nos « oui » à n’importe lequel de nos engagements sont vécus dans le moment présent seulement.

Marie nous montre également que la réceptivité, l’ouverture, l’écoute attentive sont des caractéristiques qui nous poussent à vivre la vie dans l’amour – un amour qui déborde toujours davantage avec les connaissances et les réalisations dont nous faisons l’expérience pour que nous puissions discerner le meilleur choix (Phil 1:8-10). La confiance de Marie dans l’Esprit a mené à la conception de Jésus. Cette confiance lui a aussi permis de comprendre l’extraordinaire message de la grossesse de sa cousine Élisabeth comme l’assurance finale du pouvoir de Dieu. En ce temps-là comme aujourd’hui, le message est le même : « Rien n’est impossible à Dieu » (Luc 1 :37)

  • À quel point sommes-nous conscient(e)s qu’ouvrir nos cœurs et nos esprits à la vie telle qu’elle se déroule tous les jours est un « oui » continu à Dieu?

En disant « oui » à Dieu, Marie ajoute « Voici la servante du Seigneur; que tout m’advienne selon ta parole » (Luc 1 :38). Pour Luc, Marie est une femme qui, à partir du moment de la conception de Jésus, remplit la description de l’Évangile d’une vraie disciple – quelqu’un qui entend la parole de Dieu et qui agit en conséquence (Luc 8 :21). Pour Luc, elle est la première disciple.

Il est important de bien comprendre le sens de l’expression « servante du Seigneur ». Johann Roten, SM, note que l’expression est basée sur le sens qu’on lui donne dans le premier testament. Le mot « servant » incarne la relation d’amour dans laquelle la personne humaine a été choisie, appelée et formée dans l’amour de Dieu auquel la personne répond avec affection et dévouement entiers[vi].  La description que Marie fait d’elle-même comme « servante de Dieu » nous montre à nouveau la profondeur de sa relation d’amour avec Dieu, qui devient possible quand nous disons oui à l’appel de Dieu à suivre la mission de Jésus, lui-même servant de Dieu[vii]. L’appel de chaque disciple est donc d’avoir « en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Phil 2:5; Eph 3:14-21).

Cette expression nous ramène aussi aux premières béatitudes : « Heureux sont les pauvres en esprit ». Dans la théologie biblique, être pauvre c’est être avec Dieu, c’est rendre son cœur disponible et être passionnément attentif à la présence de Dieu en nous, dans notre voisin et dans toute la création – les seules images de Dieu que nous voyons.  Cela ne sous-entend pas une obéissance passive à l’autorité, la domination d’une autre personne sur nos vies ou la passivité émotionnelle face aux évènements quotidiens qui nous touchent. Au contraire, il s’agit d’un appel à chérir notre liberté intérieure, à entendre attentivement et à être réceptif envers les autres dans notre quête de direction dans nos vies.  

Dans l’Annonciation, Marie est un femme que la fidélité à l’Esprit pousse à sortir de la sécurité des ses traditions et à avancer vers un avenir incertain. Elle nous invite à chercher sans cesse les conseils de l’Esprit dans l’assurance que Dieu respecte toujours notre liberté humaine.

  • Que signifie pour moi être « la servante de Dieu » qui cherche sans cesse les conseils de l’Esprit?   

Marie, servante de Dieu, animée par l’Esprit, part en hâte visiter Élisabeth. Luc nous montre que la Visitation de Dieu à Marie et la parole de Dieu ensemencées en son sein sont des expériences qui doivent être communiquées et partagées. Dans la Visitation, des femmes de foi, l’espoir et la vision se rencontrent. Nous pouvons explorer les profondeurs de la rencontre du Marie et d’Élisabeth.

Finalement, examinons deux autres phrase dans le récit de l’Annonciation : « Soit sans crainte » et « Rien n’est impossible à Dieu ». La première apparaît environ trois cents fois dans la Bible; la seconde se retrouve dans une variété de contextes qui décrivent une même réalité. Pouvons-nous imaginer comment ces mots ont pu résonner chez Marie lors de sa visite chez Élisabeth et tout au cours de sa vie?

  • Comment l’assurance de Dieu à être « sans crainte » et que « rien n’est impossible à Dieu » m’ont aidé(e) dans les moments difficiles de ma vie?

Luc mentionne aussi qu’après la visite des bergers et après avoir trouvé Jésus dans le temple, Marie méditait et gardait dans son cœur tous ces évènements (Luc 2 :19, 51). Méditer dans son cœur sous-entend qu’on essaie de comprendre le message caché des évènements. 

  • À quelle fréquence est-ce que je réfléchis aux évènements qui se produisent sans cesse dans ma vie et dont j’essaie de comprendre le sens?
  • Comment est-ce que cela rejoint ma foi en Dieu?

Au terme de cette réflexion, puissions-nous être conscient(e)s que Marie, parce qu’elle a conçu et enfanté Jésus, a mis au monde le Christ entier, le Christ cosmique en qui tout a été créé et en qui tout subsiste (Col 1 :16, 17).


[i] Saint Maxime le Confesseur, « Mystical Conception, The Annunciation to the Theotokos ». The Word Magazine (25 mars, 2005), www.antiochan.org/wordarticles. Consulté en juin 2010.

[ii] Des années plus tard, Jésus, son fils, entendra un message similaire après son baptême dans le Jourdain: « Toi, tu es mon Fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie » (Luc 3 :22), qui consolide son identité dans celle de Dieu, son Père.

[iii] Voir Introduction to the Sunday Readings, Gilles Mongeau, S.J. Living With Christ, février 2020.

[iv] Donald Senior, C.P. “New Testament Images of Mary”, The Bible Today (Mai, 1986): 147, 148. Avant Vatican II, l’Église catholique a mis l’emphase sur la virginité physique de Marie en se basant sur un dualisme erroné corps/esprit qui soutenait la supériorité de la virginité avant le mariage. Le message de l’Annonciation est plutôt un commentaire sur les voies paradoxales du salut de Dieu. 

[v] Matthew Fox, Meditations With Meister Eckhart, Bear and Company, Inc., Santa Fe, Nouveau Mexique, 1983, p. 74.

[vi] Johann G. Roten, S.M. “Memory and Mission, A Theological Reflection on Mary in the Paschal Mysteries.” Marian Studies (1991), p.132.

[vii] Ibid, p. 130.

 

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