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Réflexions sur les visitations contemporaines

Louise Finn, CND

Visites douloureuses mais parfois thérapeutiques

Il nous est sûrement arrivé de sentir notre monde s’effondrer. Un diagnostic médical, une perte d’emploi, une mort soudaine. Mon amie Dori a vécu une telle expérience, avec ses conséquences inévitables.

« C’était Noël – le premier de Mary Claire – et les parents de Jim étaient venus nous voir. En fait, toute la famille était là. La maison était pleine, et c’était merveilleux! Notre seul souci était que les enfants étaient trop gâtés par tant de cadeaux, tous choisis avec attention et amour par des tantes et des oncles, des grands-tantes et des grands-oncles, et bien sûr par les grands-parents. En quelques heures, tout bascula – par un coup de téléphone, reçu le lendemain matin.

Le père de Jim avait fait une crise cardiaque et il était aux urgences. Tout le monde s’est rendu à l’hôpital, sauf moi qui suis restée pour garder les enfants. Quand Jim a appelé, c’était pour dire que son père était mort. Lorsque la famille est rentrée ce soir-là, il était clair que nous n’étions pas capables de comprendre ce qui venait de se produire. C’était incroyablement soudain. Le père de Jim était si jeune.

Les jours suivants, tous se hâtaient pour essayer de prendre leurs dispositions et de se préparer pour le reste de la famille qui arriverait pour les funérailles. Nous alternions tous entre les larmes et la cuisine, les souvenirs et le ménage de la maison. Nous étions bouleversés.

À un certain moment, je suis allée emprunter la glacière d’une voisine. Elle a ouvert sa porte, m’a regardée et m’a demandé si j’avais le temps de prendre une tasse de thé. Nous étions seules toutes les deux avec nos tasses de thé. Monica m’a laissée parler et pleurer, se contentant d’être à l’écoute. Ça a duré probablement moins d’une demi-heure, mais c’était suffisant. Du réconfort à l’état pur. Je me suis demandée si j’arriverais à lui faire comprendre ce que cette visite avait représenté pour moi, quand elle a répondu de manière si généreuse à un besoin que je n’étais même pas capable d’exprimer ».

Ça vous rappelle quelque chose? Nous avons peut-être déjà été Dori – dans une grande détresse, une grande difficulté. Ou peut-être avons-nous été Monica, qui a ressenti le besoin d’autrui et a tendu la main avec compassion, avec gentillesse. Pour la plupart d’entre nous, ce qui importe vraiment est de ne pas être seuls dans nos moments difficiles.

Pour répondre à ces besoins, dans la plupart des cultures les rituels au moment de la mort comportent une veillée funéraire. Les gens viennent voir les proches en deuil, leur offrent leurs condoléances et parlent de la personne décédée, en priant pour son passage sans encombre vers l’au-delà. Les veillées incluent fréquemment de boire et de manger, de regarder des photos et des souvenirs, de chanter et parfois de faire des discours solennels ou de pousser des lamentations.

Au Cameroun, le corps du défunt est parfois exposé sur un lit dans le salon, pendant que la famille et les amis parlent à voix basse tout près. Il se peut qu’une famille Lakota-Sioux loue une salle paroissiale ou un gymnase d’école pour ça, et une veillée nocturne avec le corps du défunt a souvent lieu. Plus tard, après des mois de préparation, de nombreuses familles organisent une distribution de cadeaux à la mémoire de leur cher disparu, et c’est l’occasion d’offrir à tous leurs amis de beaux objets, soigneusement rassemblés ou faits à la main, choisis avec amour et offerts de bonne grâce aux invités.

Les psychologues nous disent que tout ça est bon pour le processus de deuil, puisque les personnes endeuillées expriment leur amour pour le défunt et les unes pour les autres par leurs rires et leurs larmes, et surtout par leur présence. La vie continue pour ceux qui restent, l’intensité de leur douleur dépendant généralement des circonstances entourant la mort.

Le décès d’une personne jeune est particulièrement difficile – en effet, souvent une tragédie, comme lorsque l’alcool est impliqué. Ce fut le cas pour mon cousin Billy. Deux semaines avant Noël, sa vie s’est arrêtée brutalement lorsque son ami, un autre adolescent, a perdu le contrôle de sa voiture parce qu’il était soûl. Son ami a survécu; Billy est mort.

À 19 ans, Billy était l’étoile montante de son équipe de basketball universitaire, et il faisait rêver toutes les filles. On pourrait croire que toute la ville a passé par les salles bondées du salon funéraire. À un certain moment, le père du garçon qui conduisait la voiture s’est approché de la famille et a tendu la main à mon oncle, le père de Billy. (Sa femme, tante Liz, était morte d’un cancer cinq ans auparavant). Ce n’est que des décennies plus tard que j’ai appris, d’un ami qui se trouvait proche de mon oncle à ce moment-là, ce qui a été dit pendant cette visite douloureuse.

Mon oncle a prononcé peu de mots : « Ne dis rien, Jack. Je sais que tu préfèrerais être à ma place plutôt qu’à la tienne ». Leur longue étreinte a sûrement été un moment thérapeutique pour chacun d’entre eux.

Parfois pourtant, nous nous sentons seuls, même entourés de gens. C’est particulièrement vrai lorsqu’une femme est abandonnée par son mari, et non pas veuve. Comme dans de nombreuses régions du monde, cela arrive à des femmes au Cameroun. C’est arrivé à une femme de notre village, Eveline; deux d’entre nous sommes allées lui rendre visite quelques jours avant Noël. Nous lui avons apporté quelques sacs de nourriture.

Huit petits garçons en tout, les siens pour la plupart.

Trois faisaient la vaisselle dans des seaux en plastique par terre, derrière la maison, la trempant dans l’eau brune puis plus claire.

À l’intérieur, un quatrième coupait des taros près du feu.

D’autres enfants allaient et venaient dans la cour, étalant des chaussures et des vêtements pour les faire sécher au soleil.

Le cadeau que nous avions apporté était tout simple, deux choux frais et un coq, mais pour Eveline et sa famille, c’était un festin.

L’enfant dans ses bras a froncé les sourcils, se demandant pourquoi il voyait des larmes dans les yeux de sa mère.

Je suis tellement seule, a-t-elle murmuré, mais vous êtes venues.

Merci, merci beaucoup.

Des larmes de soulagement coulèrent sur ses joues.

 

 

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