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L’Église et la lutte contre la corruption

Congrégation de Notre-Dame

L’Eglise et la lutte contre la corruption. Pour une participation rénovée des consacrés à l’enracinement de l’évangile

Ce titre est thème du mémoire de fin de cycle (Baccalauréat canonique) de sœur Marthe Falie Minkoué soutenu le 16 juin 2017 à l’ITPR. L’ITPR est un Institut de Théologie et de Pastorale pour les Religieux mis sur pied par l’USMDC (Union des Supérieur Majeur et Délégué du Cameroun). Nous vous présentons en cinq pages l’essentiel de ce mémoire.

INTRODUCTION

Nous avons jeté un regard sur notre actuelle terre de mission, le Cameroun. C’est un pays accueillant et chaleureux ; riche par sa biodiversité, sa pluri-culturalité et ses ressources naturelles. Cependant, nous avons observé, pour ne citer que ces trois cas, des milliers de kilomètres enregistrés comme étant bitumés dans les documents administratifs alors qu’ils ne le sont pas sur le terrain. Conséquence, les riverains qui vivent de l’élevage et de l’agriculture acheminent difficilement leurs produits dans les points de vente. Nous avons constaté que certains emplois sont réservés d’avance à une minorité. Conséquence, incompétence dans les lieux de services et croissance du chômage et de la misère. Nous avons vu des patients mourir sur des lits d’hôpitaux parce qu’ils n’ont pas d’argent pour l’infirmier qui demande au préalable une « motivation », avant de s’occuper d’eux. Or, le pape Jean Paul II affirme dans EA, 69, qu’en raison de la dignité humaine inaliénable, une personne ne peut vivre dans les conditions ci-dessus peintes. C’est dans cette perspective que le pape François en enseigne dans Evangeli Gaudium (no218) que : « La dignité de la personne humaine et le bien commun sont au-dessus de la tranquillité de quelques-uns qui ne veulent pas renoncer à leurs privilèges. Quand ces valeurs sont touchées, une voix prophétique est nécessaire ». Le no447 du Compendium de la doctrine sociale de l’Église catholique, l’ONG Transparency International et la CONAC s’accordent pour dire que la corruption est l’un des dénominateurs communs de ces maux. Comment se présente le phénomène de la corruption au Cameroun ? Quelles en sont les causes ? Qu’a fait concrètement l’Église pour en venir à bout de ce phénomène ? Nous nous sommes posées ces questions en tant que consacrée. De plus, nous en sommes à la capitalisation des retombées de l’année de la vie consacrée. C’est ainsi que nous avons entrepris de réfléchir sur la corruption en nous intéressant particulièrement à une position de l’Église et en nous interrogeant sur la possibilité des Consacrés de contribuer plus efficacement à la lutte contre la corruption. D’où le thème : l’Église et la lutte contre la corruption. Une participation rénovée des consacres pour un enracinement de l’Évangile. Nous avons articulé notre réflexion autour de trois chapitres :

Chapitre I : Analyse critique du phénomène de la corruption au Cameroun

Chapitre II: Éléments d’une pastorale de la lutte contre la corruption au Cameroun

Chapitre III : Pour une participation rénovée des consacres a la lutte contre la corruption

B. RESUME DES TROIS CHAPITRES

Chap. I : ANALYSE CRITIQUE DU PHENOMENE DE LA CORRUPTION AU CAMEROUN

Dans l’analyse du phénomène de la corruption au Cameroun, nous avons taché de reconnaître le phénomène à travers une définition et une classification et aussi à travers l’identification de quelques-unes de ses manifestations et causes. La définition de corruption - la définition de la corruption est plurielle bien qu’avec une connotation sociopolitique et économique dominantes. Dans l’Église, cette connotation trouve largement un écho dans l’expression « injustice sociale ». D’après Transparency International et les études de Magloire Ndongmo et David Bayang, il y a :- Deux types de corruption : la corruption active et la corruption passive - Plusieurs formes de corruption dont les plus courantes sont : les pots-de-vin, le trafic d'influence, la fraude, le népotisme - Selon l’ampleur, on distingue deux niveaux de corruption : la grande corruption et la petite corruption. Les études de Pierre Titi-Nwell révèlent que la pratique de la corruption est endémique au Cameroun. Les causes qui ont conduit à cet état endémique sont nombreuses avec cependant, une imbrication. En effet, nous avons découvert grâce à une analyse de Pierre Titi Nwell que la mauvaise gérance, l’impunité et la baisse des salaires ont pour origine la faillite du processus démocratique qui à son tour, serait la conséquence d’un défaut de comportement moral du détenteur d’un pouvoir qui agit en marge de la conscience professionnelle et de l'intérêt général. L’anthropologue Olivier de Sardan apporte une explication collectiviste. Dans ses travaux recueillis dans son ouvrage « L’économie morale de la corruption en Afrique », il démontre que les défauts de comportement moral liés à la corruption sont influencés par certains faits culturelle et sociale à savoir : - La logique des petits cadeaux - La logique du devoir d’entraide de réseau - La logique de l’autorité prédatrice et la logique de l’accumulation. Le psychanalyste Erich Fromm, en revanche, apporte une explication individualiste. Il situe la cause de la corruption à la phase « anale-érotique » du développement psycho affectif de l’enfant. Étant ainsi suffisamment informées sur le phénomène de la corruption au Cameroun, nous avons entrepris de détacher notre réflexion d’un domaine purement sociologique et de ressortir la ligne de conduite ecclésiale pour une pastorale de lutte contre la corruption. C’est le but du chapitre II.

Chapitre II: ÉLEMENTS D’UNE PASTORALE DE LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION AU CAMEROUN

Conformément à EN, PP et EA la nécessité d’une pastorale de lutte contre la corruption repose sur le fait qu’elle:- Contribue à sauvegarder la dignité humaine et promouvoir le développement humain intégral. - Donne un écho à la préoccupation des Pères synodaux africains qui se demandaient comment annoncer la Bonne Nouvelle qui promeut nombre de valeurs essentielles telles que l’espérance, la paix, la joie, l’harmonie, l’amour et l’unité dans une Afrique qui en fait tellement défaut.- Prend part au défi pastoral que posent les Nouveaux Mouvements Religieux dont l’une des causes de leur diffusion est la persistance des problèmes sociopolitiques et économiques […]- Bref, travailler à diminuer la corruption c’est contribuer à une évangélisation complète.

Quand la ligne pastorale, nous avons décelé 4 pistes en parcourant l’histoire de l’Église

De l’activité prophétique d’Isaïe, Miché, Amos et de l’agir du Seigneur Jésus, il ressort que deux facettes de la lutte contre la corruption est la dénonciation et l’action. Une méditation de la doctrine et le témoignage de vie de Saint Basile de Césarée, Saint Jean Chrysostome et Saint Augustin d’Hippone, nous a permis de découvrir qu’en plus de la dénonciation et des actions, il y a un besoin de lois justes et d’extirpation du mal à la racine. Avec les théologiens Saint Thomas d’Aquin, Saint Antonin de Florence et Saint Francisco de Vitoria de la période médiévale, nous avons réalisé que la corruption est liée à une mauvaise compréhension des rapports entre la destination universelle des biens et la propriété privée. Ces théologiens médiévaux nous ont montrées qu’une piste de lutte contre la corruption serait de proposer des lois internationales et une politique sociale pour réguler la entre bien commun et propriété privée. Dans les temps modernes et contemporains, l’Église a fait une série de propositions qui pourraient nous orienter. On trouve ses propositions dans une multitude de document de l’Enseignement Social de l’Église. Nous ne citerons ce deux du XXIe siècle :- La lettre pastorale sur la Corruption de l’an 2000 dans laquelle les évêques du Cameroun dénoncent les méfaits de la corruption. Des actions concrètes ont suivi cette dénonciation à savoir, la mise sur pied d’un comité d’observateurs des élections. La lettre pastorale sur « le droit et le devoir de vote » de 2004 la proposition deux lois électorales en 2006. Sur le plan éducatif, la mise sur pieds du projet FACTS et la production les manuels d’éducation à la citoyenneté. - Le deuxième document intitulé « lutte contre la corruption » est le fruit de la conférence organisé par Conseil Pontifical Justice et Paix en 2006. D’après ce document, le Conseil propos, entre autre : Que les responsables d'actes illicites soient dénoncés et punis ; Qu’au plan international, se développer la collaboration internationale entre les gouvernements, au moins dans le domaine juridique. Pour une question d'application des conventions de lutte contre la corruption de l’ONU, le Conseil propose qu'il y ait au niveau international, un accord sur les procédures de confiscation et de récupération des biens acquis de façon illégitime. Le Conseil a fait une précision très importante. Il affirme que la contribution de l’Église est de « cultiver et promouvoir les ressources morales qui aident à construire une « écologie humaine » où la corruption ne puisse trouver un habitat favorable ». Pour cela, il propose l'éducation et la formation morale des citoyens. Toutes ces pistes pastorales nous ont servi de matière à réfléchir dans le chapitre III dans lequel nous essayons de répondre à la question : quelle pourrait être la contribution des Consacrés ?

Chapitre III : POUR UNE PARTICIPATION RENOVEE DES CONSACRES A LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION

L’USMDC (Union des Supérieur Majeur et Délégué du Cameroun) compte environ 236 Instituts de vie consacrée et Sociétés de vie apostolique. Ces Consacrés sont déjà engagés de diverses manières dans la lutte contre la corruption. Cependant, nous nous sommes demandé s’il n’est pas possible d’explorer une amélioration des actions déjà posées ? Pour ce faire, - Nous nous sommes appuyés sur l’exhortation adressée à l’Église universelle par le pape François dans Evangelii Gaudium et sur celles adressées particulièrement aux Consacrés dans la lettre apostolique rédigée à l’occasion de l’année de la vie consacrée. - Nous avons gardé en mémoire la précision du Conseil Pontificale Justice et Paix concernant la contribution de l’Église dans la lutte contre la corruption ainsi que le projet FACTS (Fight Against Corruption Through Schools) initié par les évêques du Cameroun. Après avoir analysé ces documents il nous a semblé qu’il y a, entre autres, deux actions qui pourraient rénover la contribution des Consacrés. Il s’agit d’une participation à la renaissance du projet FACTS et un engagement dans une pastorale conséquente de la lutte contre la corruption. Trois raisons nous ont orientées spécifiquement vers le projet FACTS:- C’est une initiative des évêques du Cameroun pour réduite l’impact de la corruption dans la société camerounaise. De plus, il intègre les orientations du Conseil Pontifical Justice et Paix - Le projet veut participer à l'éducation à la citoyenneté en immunisant la communauté éducative afin de former une génération intègre. - L’évaluation de la phase expérimentale (phase I) du projet FACTS a montré que le comportement de certains élèves, enseignants et chefs d’établissement avait commencé à changer et son succès a été si apprécié qu’à la phase II, il a été adopté par l’enseignement islamique, protestant et laïc. En dépit de ces résultats positifs, le projet FACTS s’est arrêté faute de financement et de ressources humaines. La participation à la renaissance de ce projet est à trois niveaux :- Les Consacrés peuvent se rendre disponibles pour résoudre le problème de ressources humaines. - Plusieurs communautés religieuses ont des écoles et collèges. Ces communautés pourraient redonner vie au projet FACTS en s’intéressant à ce projet et en s’assurant que ses activités se déroulent dans les normes. - Dans la recherche du financement, les communautés religieuses pourraient s’accorder sur le fait d’orienter une partie du budget alloué aux œuvres caritatives et aux bourses d’études vers le financement du projet FACTS sans toutefois porter atteinte à la stabilité des œuvres caritatives actuelles. A propos de l’engagement dans une pastorale conséquente de la lutte contre la corruption, nous avons pensé à une sensibilisation et éducation du peuple à la nécessité de lutter contre la corruption. Elles visent trois objectifs :- Entretenir d’un part, le peuple de Dieu sur les rapports entre l’Évangile, la dignité humaine et la lutte contre la corruption et d’autre part, les amener à participer au projet FACTS.- Montrer la nécessité de purifier notre culture, en l’occurrence, la compréhension ancestrale de solidarité et de l’autorité puisqu’elle pousse les travailleurs à violer la déontologie professionnelle. - Penser à une pastorale qui accompagnerait les familles à traverser la délicate étape anale-érotique du développement psycho-affectif de l’enfant. Une fois que les fidèles chrétiens, surtout les jeunes, auraient reçu cette éducation, nous avons pensé à un possible accompagnement des travailleurs dans les services publics et privés.- Certes, la pastorale dans les services publiques et privés n’est pas la première orientation des Consacrés mais plutôt celle des laïcs mais lorsqu’il s’agit de défendre le bien commun, l’Eglise n’est pas totalement fermée au fait qu’un consacré, y compris un religieux, travaille dans les services publics. Pourvu que leurs fonctions ne soient pas en lien direct avec les pouvoirs civils. (cf. canons 285, 287 et 672)- De plus, le pape François exhortes les Consacrés de « réveillez le monde », d’être des « experts en communion » en se rendant présents avec courage là où il y a des disparités, le mépris des plus faibles, des inégalités, pour promouvoir la dignité humaine. Que ferait concrètement les Consacrés dans les services publics et privés ? - Nous avions à l’esprit le jésuite Jacques Bélanger et sœur Marie Hélène Le Bihan qui ont pris position pour et avec les pauvres. Avec leurs collaborateurs, ils ont aidé à mettre en place une association qui prenait en compte la formation des femmes et les plus défavorisées. Certains travailleurs ont vu leur contrat partiel se transformer en contrats à durée indéterminée. - C’est dans cette optique que nous avons pensé que dans le but de continuer d’éduquer à une démocratie authentique, un Consacré, selon le droit propre de l’Institut, pourrait exercer dans un service qui n’appartient pas à l’Église catholique ou à sa communauté religieuse. - En partageant ainsi la vie quotidienne des travailleurs, les Consacrés les accompagneraient et les aideraient déjà par le témoignage d’une probité qui résiste à la culture de la corruption ambiante. Ce témoignage soutiendrait aussi les efforts de ceux qui essaient de ne pas être corrompus. C’est à notre avis la meilleure façon de transformer la patte de l’intérieur. Voilà une brève description des deux activités que nous suggérons pour rénover la participation des Consacrés dans la lutte contre la corruption. Cependant, Il y a des modalités qui devraient être examinées avant d’estimer la valeur de l’une ces activités. Sans prétendre à l’exhaustivité, nous pensons à : Une sensibilisation et une formation des Consacrés :- Une sensibilisation et une formation des Consacrés car « on ne peut donner ce qu'on n'a pas ». Heureusement, il existe au sein de l’USMDC, l’Association Foi et Justice qui a pour particularité d’essayer de résoudre les problèmes sociaux à la racine. - C’est pourquoi nous pensons que l’USMDC pourrait introduire pendant la formation initiale une sensibilisation appropriée afin d’éveiller un réel intérêt pour les questions sociales en général, et pour Foi et Justice en particulier. La nécessité de la communion- Personne ne construit l’avenir en s’isolant mais en se reconnaissant la nécessité d’une communion à l’aide réciproque, disait le pape François aux Consacrés. - Ainsi, si des Consacrés s’engager activement dans la lutte contre la corruption, nous les invitions fortement à travailler ensemble en devenant actif dans le Réseau Foi et Justice car de par la constitution, un Consacré qui y est actif, est à la fois en communion avec toutes les Congrégations au Cameroun et connecté à la coalition internationale anti-corruption. La fuite des idées fatalistes- Il faudrait fuir les idées fatalistes telles que « La corruption est fille du monde », « l’Église elle-même est corrompue » car « celui qui commence sans confiance a perdu d’avance la moitié de la bataille et enfouit ses talents» disait le pape François aux Consacrés. - Nous ne pensons pas que ce soit une utopie de travailler à construire un Cameroun sans corruption car nous ne croyons pas que Dieu a donné plus de grâce aux Canadiens, par exemple, pour vivre selon l’amour et la justice. En effet, le Canada est un pays qui a été longtemps colonisé. Aujourd’hui, il est le 5e pays le plus prospère où les libertés individuelles et le bien commun sont respectés et il est 9e pays le moins corrompu. À l’école de l’autorité du Christ et de la prière- Et enfin, nous pensons qu’il faudrait être à l’école de l’autorité du Christ et de la prière car l’autorité de Jésus était certes liée à sa nature divine mais aussi à la cohérence entre ses paroles et ses actions. D’où la nécessité pour les Consacrés de faire un surplus d’effort pour refléter la forme de vie qu’ils ont embrassée. - Le domaine éducatif dans lequel des Consacrés peuvent participer relève de la formation de la conscience que seul Dieu habite. D’où l’importance de la pastorale de la prière et la nécessité pour les Consacrés, de veiller à ce que leurs actions dérivent de leur union profonde avec Dieu.

 


 

 

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