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Verdir la maison mère

Dana Wachter

La maison mère de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal œuvre à réduire son empreinte carbone. (Dana Wachter)

De gros investissements et des changements d’habitudes sont requis pour rendre la maison mère plus verte 

Elles ne voulaient pas arrêter de boire le même café qu’elles buvaient depuis des dizaines d’années.

Le passage à une nouvelle machine impliquait moins de choix en termes de café ou d’eau chaude, et la nouvelle marque prend environ 13 secondes à verser la boisson au lieu de seulement deux ou trois. Les coûts sont aussi plus élevés.

Mais rester solidaire avec les pauvres fermiers qui ont cultivé les grains de café en leur payant un salaire juste était quelque chose que les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame pouvaient soutenir.

Inspirées de leur fondatrice, Marguerite Bourgeoys, et portées par l’encyclique du pape François « Laudato Si’ sur la sauvegarde de la maison commune », les sœurs ont décidé d’entreprendre 12 actions dont le but est de diminuer leur empreinte environnementale. Elles ont lancé un comité vert en 2015 et ont depuis adopté l’achat équitable, choisi un nouveau système de chauffage et d’air climatisé respectueux de l’environnement, et, entre autres, continué à s’informer sur les initiatives vertes et à en informer les autres.

« Les scientifiques nous alertent depuis des années et des années sur tout ce qui arrive à la terre, à l’eau, à l’air, et tout le reste, nous appelant à tirer les conclusions qui s’imposent, » déclare sœur Maura McGrath, leader du comité vert de la communauté. « En tant que personnes de foi, nous réalisons que c’est une question morale, éthique et spirituelle. »

Comme il faut bien commencer quelque part, la Congrégation a embauché en 2015 Équiterre, un organisme environnemental sans but lucratif de Montréal, afin d’évaluer l’empreinte carbone de sa maison mère de 80 000 pieds carrés, qui a été construite en tant qu’établissement scolaire en 1914 et qui a servi d’école pendant des générations avant de devenir le siège social des sœurs au cours des 15 dernières années.

On sert à présent du café équitable à la maison mère de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal, ce qui veut dire que les sœurs ont appris à se servir de nouvelles machines. (Dana Wachter)

Ensemble, Équiterre et les sœurs ont créé une liste d’actions et ont commencé à mettre en œuvre des mesures concrètes, mais le changement ne s’est pas produit facilement.

McGrath assimile la souffrance de la Terre à celles de ceux qui l’habitent et qui souffrent de nombreuses façons. Avec les catastrophes naturelles, les inondations, les incendies et les famines, elle dit que les sœurs doivent faire leur part pour atténuer la dégradation de l’environnement.

Comment verdir une maison mère

Avant de pouvoir réduire leur impact sur l’environnement, les sœurs avaient besoin de connaître celui de leur maison mère.

Équiterre a constaté que la communauté émettait environ 416 tonnes métriques de gaz à effet de serre par année. Parmi celles-ci, Normand Roy, consultant et chef de projet chez Équiterre, a expliqué que 259 tonnes provenaient de l'utilisation d'énergie à la maison mère. Un autre 112 tonnes est causé par le transport des sœurs de leur congrégation internationale lorsqu’elles se rendent à la maison mère en voiture ou en avion. Les 45 autres tonnes ont été émises par la matière organique lorsque les déchets alimentaires qui pourraient être compostés étaient jetés.

L’année dernière, une étude de l'Université de la Colombie-Britannique a classé les maisons de Montréal comme les plus vertes au Canada en raison de l’hydroélectricité et du potentiel piétonnier de la ville, mais en moyenne, les maisons plus petites relâchaient encore 5,4 tonnes de gaz à effet de serre par année. Le ménage moyen émettant plus de 20 tonnes à Edmonton, cette ville était la plus polluante.

En 2013, l’ensemble du Canada a relâché 738 millions de tonnes de dioxyde de carbone; ses émissions représentent 1,6 % de toutes les émissions du monde, ce qui le place dans les dix plus grands émetteurs de la planète.

Ensemble, Roy et les sœurs ont trouvé environ 95 actions qu’elles pouvaient entreprendre pour réduire leurs émissions. Certaines représentaient des opérations majeures; d'autres représentaient de petits changements. Ceux-ci ont été condensés en 13 actions majeures, et après avoir étudié leur budget, les sœurs ont décidé d’œuvrer à 12 d’entre elles.

C’est facile d’être vert

Ces deux dernières années, les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal se sont consacrées à 12 actions visant à réduire leur empreinte écologique.

  1. Améliorer l’efficacité énergétique de la maison mère.
  2. Utiliser des prises multiples intelligentes.
  3. Planter des arbres ou d’autres plantes ou réaliser d’autres projets afin de lutter contre les émissions polluantes.
  4. Installer des récupérateurs de graisse pour dissoudre la graisse des éviers.
  5. Acheter des produits du commerce équitable, comme du café ou du chocolat.
  6. Composter les restes alimentaires.
  7. Planter un jardin potager pour les employés et la cuisine.
  8. Acheter des produits biologiques et locaux.
  9. Acheter une voiture électrique quand il sera temps d’en acheter une nouvelle.
  10. Installer des supports à vélo sécuritaires.
  11. Installer une bibliothèque verte à la maison mère.
  12. Faire du développement durable une priorité auprès des employés de la maison.

Ces deux dernières années, Roy a aidé les sœurs en les mettant en lien avec Ecosystem, une entreprise de construction de Montréal qui personnalise des conceptions pour l’efficacité énergétique et l’écologisation. L’entreprise a proposé un système adapté au bâtiment des sœurs qu’elle installera cet hiver puis surveillera par la suite. Malgré les 400 000 $ que le projet coûtera au budget, les sœurs ont décidé que c’était un bon investissement : Ecosystem a garanti qu’elles économiseraient ce montant et même plus dans leurs futures factures énergiques.

Monsieur Roy a indiqué que le nouveau système devrait permettre d'économiser 146 tonnes d'émissions de gaz à effet de serre par an, ce qui réduira de plus de la moitié les émissions annuelles de la maison.

« C’est énorme, » a-t-il commenté.

Roy a mentionné qu’il travaille avec de nombreuses entreprises et organisations qui disent vouloir devenir plus axées sur l’environnement, mais souvent, elles « veulent en faire aussi peu que possible et pouvoir se vanter autant que possible ».

Les sœurs, déclare-t-il, sont différentes : « La vantardise ne fait pas partie de leur histoire. Ce ne sont pas les relations publiques qui les intéressent. Elles sont vraiment, vraiment motivées à bien faire les choses ».

Sœur Maura McGrath est à la tête du comité vert créé à la maison mère de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal. (Dana Wachter)

Parallèlement au changement de café et à la mise en place du compostage, la maison mère a installé un support à vélos pour les employés ou les visiteurs qui utilisent ce mode de transport plutôt que la voiture. Elle est aussi passée à des produits de nettoyage biologiques et a installé un séparateur de graisse bioactif afin d’enlever la graisse de ses eaux usées.

McGrath raconte que les sœurs accomplissent aussi des actions qui semblent petites en comparaison de certains des plus gros projets, comme de se rappeler les unes les autres d’éteindre les lumières lorsqu’elles sortent d’une pièce ou d’enfiler un chandail au lieu d’augmenter le chauffage.

Éduquer les sœurs et le personnel sur les raisons pour lesquelles ils devaient changer leurs habitudes s’est avéré difficile, mais McGrath et son comité, incluant Bineta Ba, la coordonnatrice du réseau de justice sociale de la congrégation, partagent des connaissances sur l’environnement et invitent des conférenciers, comme par exemple des personnes qui ont assisté à la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques à Paris en 2015.

Lorsque Ba est revenue de son congé de maternité en septembre 2015 et a commencé à mettre en place les 12 actions, « il y a eu un problème d’acceptation, de compréhension », dit-elle. « Il était clair que pour chaque action, elles auraient à faire de gros changements. C’était compliqué ».

Ba a créé des vidéos à partager avec les sœurs et les visiteurs sur YouTube, pour présenter et expliquer comment et pourquoi tous devraient composter et recycler. Ba dit que Fairtrade Canada a récemment remarqué les efforts des sœurs et a contacté la congrégation pour qu’elle devienne un « groupe religieux équitable », une appellation désignant les groupes religieux qui agissent et prennent un engagement en faveur du commerce équitable.

Ba explique qu’au cours de rencontres, on a présenté de nouvelles habitudes écologiques aux sœurs et on leur a expliqué pourquoi des coûts initiaux élevés étaient nécessaires pour les rénovations importantes, telles que le nouveau système de chauffage et de climatisation.

Les sœurs et les visiteurs de la maison mère de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal recyclent et compostent leurs déchets. Ces affiches leur montrent comment les trier. (Dana Wachter)

Les sœurs et le personnel à la maison mère de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal éteignent maintenant les lumières et le chauffage ou l’air climatisé lorsqu’elles n’en ont pas besoin. (Dana Wachter)

Des sœurs ont confié à McGrath leur inquiétude: elles se demandent les efforts consacrés à protéger l’environnement ne seraient pas mieux investis auprès des gens envers qui elles se sont engagées de par leur charisme. McGrath explique qu’elle voit la Terre et ses habitants comme interdépendants, mais ses collègues ont aussi besoin de comprendre le pourquoi et le comment.

« Nous ne pouvons pas protéger quelque chose que nous n’aimons pas », dit McGrath. « Alors jusqu’à ce que cette transition se fasse, les changements dont nous avons besoin ne se produiront pas. »

McGrath ne s’attend pas à ce que les gens arrêtent de conduire, même si les carburants fossiles contribuent largement au changement climatique, mais les sœurs ont décidé d’investir dans une voiture électrique pour leur prochain achat. Certains aspects de leur plan d’action n’ont pas encore été réalisés, comme par exemple l’achat de voitures électriques, la plantation de plus d’arbres ou d’un jardin potager.

Roy considère que l’expérience est un succès. Faire appel à une société extérieure afin de ramasser les déchets organiques signifie que l’effort des sœurs n’abaisse pas leur consommation à zéro net, mais Roy affirme que les sœurs ont réduit leurs émissions causées (près de) 45 tonnes de déchets qu’elles produisaient chaque année.

Roy comprend que les compromis adoptés par les sœurs, le personnel et les parties concernées de la congrégation prennent du temps dans leur processus décisionnel démocratique, mais il trouve leur passion impressionnante.

« Les progrès sont lents mais réels », dit McGrath.

Ba déclare que le but était de rendre la maison mère plus verte, puis de reproduire leurs réussites dans les six communautés de la Congrégation de Notre-Dame dans le monde, du Québec au Japon. Elle dit que le reste de leur communauté au Québec a déjà demandé l’aide d’Équiterre.

Les vidéos qu’elle a créées sont partagées à l’interne comme à l’externe, et on lui a demandé d’écrire un article pour les Franciscains, et un autre pour la Conférence Religieuse Canadienne afin de partager l’expérience que les sœurs ont vécue avec des communautés qui voudraient éventuellement devenir plus écologiques.

Plus tôt cette année, le Réseau des Églises vertes a nommé la maison mère de la Congrégation de Notre-Dame à Montréal « maison mère verte ». (Dana Wachter)

Ba n’a pas collaboré avec d’autres congrégations qui effectuaient un virage écologique similaire, mais la maison mère fait maintenant partie du Réseau des Églises vertes, qui conseille les organisations religieuses au Canada travaillant sur des initiatives semblables.

Le Réseau des Églises vertes a été lancé à Montréal en 2006, par une mission de l’Église unie connue sous le nom de Maison Saint Columba, D’autres églises, y compris des églises catholiques et anglicanes, se sont jointes au Réseau au cours des années suivantes. Le site internet indique qu’il y a 32 groupes religieux catholiques, dont 4 monastères, au sein du Réseau des Églises vertes.

Les efforts écologiques des églises comprennent notamment l’ajout du recyclage des piles et des cartouches d’encre au recyclage habituel des contenants en métal, plastique, verre et aluminium; l’utilisation de produits de nettoyage biodégradables; des invitations lancées à des conférenciers et l’observation d’activités écologiques; l’impression recto-verso; et le partage d’autos plus fréquemment. Un monastère, l’Abbaye Val Notre-Dame à Québec, a choisi une architecture “verte” qui laisse passer plus de lumière naturelle, un chauffage géothermique, et un système de traitement et de récupération des eaux afin de protéger les espaces verts du lieu.

Le comité vert de McGrath et de Ba se consacre à se tenir informé et à éduquer les personnes à l’extérieur de la communauté.

« Notre communauté est une communauté d’éducation », indique Ba. « Nous voulions que les gens voient ce que nous avons mis en route et leur permettre de réaliser qu’ils peuvent faire la même chose dans leurs communautés ».

Article publié à l’origine en anglais par Global Sisters Report : http://globalsistersreport.org/news/environment/greening-motherhouse-requires-big-investments-and-changing-habits-49861

Traduction et révision : Sophie Rolland; Claudette Marcoux, CND

 

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