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Le Québec a perdu un illustrateur exceptionnel

Denys Chouinard

Étable-école de Marguerite Bourgeoys, illustration de Francis Back, archives, Congrégation de Notre-Dame

Je viens d’apprendre le décès de Francis Back. Je ne veux pas qu’il parte sans l’avoir salué, sans lui rendre l’hommage qu’il mérite largement.

J’ai eu la chance de rencontrer Francis il y a une dizaine d’années. L’équipe du Service des archives de la Congrégation de Notre-Dame que je dirigeais alors préparait une exposition virtuelle sur la vie de Marguerite Bourgeoys et l’histoire de sa Congrégation. L’expérience de travail avec cet illustrateur fut un moment de grâce, une collaboration avec un artiste d’un immense talent et d’une rigueur scientifique remarquable.

Je me souviens parfaitement de ces réunions où l’on discutait du choix des illustrations à produire. Francis Back nous parlait de ses deux préoccupations. La première était ce qu’il appelait l’angle de sa caméra. En d’autres mots, il voulait poser son regard de la meilleure façon qui soit pour que le dessin soit parlant pour le lecteur. Il se donnait en quelque sorte un rôle de réalisateur de cinéma qui cherche à passionner le spectateur. Et Dieu sait qu’il réussissait, compte tenu de la beauté et de la richesse de ses œuvres.

Dans un deuxième temps, il se souciait au plus haut point de l’information. Il s’attendait des archivistes qu’on lui fournisse toute la documentation nécessaire pour produire des scènes correspondant rigoureusement à la réalité passée. Il lui fallait des archives justifiant son propos. Sa démarche était tout à fait semblable à celle de l’historien qui appuie chacune de ses affirmations sur des sources.

Et Francis Back y allait de ses propres recherches. Je me rappelle que pour la représentation de la bâtisse délabrée donnée par Maisonneuve à Marguerite Bourgeoys pour y ouvrir sa première école en 1658, il avait retrouvé des photos d’étables en France dont la construction remontait au XVIIe siècle. Il était donc en mesure d’imaginer une scène tout à fait authentique.

 

 

 

Je revois Francis en réunion, plongé dans ses réflexions. Lorsqu’il prenait la parole, il s’animait en effectuant sous nos yeux des esquisses. Naissaient alors des scènes, des personnages en action. Il nous semblait que l’acte de dessiner était pour lui un jeu d’enfant tellement il maîtrisait la technique. On aurait dit qu’il avait le coup de crayon dans les gênes, ce qui était en fait le cas. Mais l’essentiel pour lui était d’en arriver à témoigner le plus justement possible de l’Histoire et de captiver le public.

Il laisse une œuvre considérable qui, à n’en pas douter, fait déjà partie du patrimoine collectif, tant il a représenté fidèlement de nombreuses scènes de notre passé, dont particulièrement celui de la Nouvelle-France. Son œuvre se trouve dans des livres, dans des places publiques, sur internet, et ailleurs.

Tout comme son père Frédéric, il a généreusement mis son talent d’artiste au service de la collectivité. Il importe de le remercier tout en regrettant qu’il nous ait quitté si tôt.

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